Autoportrait collectif : à partir d’Autoportrait, d’Édouard Levé — la proposition

Écrire des autoportraits collectifs à partir d’Autoportrait d’Édouard Levé

Séance du 17 janvier 2018.

La séance précédente (dont on trouve la proposition ici et les textes ) a fait apparaître une question qui a régulièrement été constaté depuis le début de l’année : comment employer l’expérience personnelle comme matériau (ce qui a l’avantage : 1) de se l’approprier comme matériau esthétique 2) de ne pas dépendre du besoin d’imaginer ex nihilo pour écrire) tout en le mettant à distance, de telle sorte qu’on ne soit pas dans le domaine de la confession ou du témoignage, ou seulement secondairement dans ce registre et cet enjeu, mais avant tout et surtout dans le travail formel du texte et dans une pratique qui puisse être directement rapporté avec des enjeux littéraires et artistiques contemporains.

La séance précédente avait montré une manière de transformer l’expérience vécue en matériau textuel brut immédiatement mis en forme de long paragraphe. La forme de la liste potentiellement ininterrompue de fragments autobiographiques d’importance diverse et se succédant selon une logique associative libre, ou selon la façon dont ils se présentent à l’esprit, y est combinée avec le détachement affectif du texte, qui lui permet d’être prolongé et relancé perpétuellement, sans que les éléments d’une importance personnelle supérieure marquent un centre ou un arrêt du texte.

En prolongement de la séance précédente, et avec en tête cette interrogation de la mise à distance du matériau tiré de l’expérience personnelle, de façon à ce que celui-ci ne soit que très secondairement considéré dans le registre du témoignage, on tente une expérience : les textes écrits au cours de cette séance seront tous écrits par l’ensemble des participant·e·s, chacun·e passant le texte à une autre personne après l’avoir prolongé de quelques lignes, l’autre personne le prolongeant de quelques lignes à partir du point où en était le texte quand il lui a été transmis.

Le principe d’écriture collective est donc celui du cadavre exquis, avec ceci de particulier : chaque participant·e utilise la première personne du singulier, ou se rapporte toujours, à un moment de chaque phrase, à la première personne du singulier. Chaque phrase comprend donc « je », « me », « mon », « ma », etc. On est dans une première personne du singulier permanente malgré la multiplicité des auteurs de chaque texte. Des incohérences d’énoncés sont donc possibles à l’intérieur de chaque texte, parmi beaucoup d’autres possibilités de diversification des énoncés au sein de la constance formelle de ceux-ci. Les textes produisent ainsi une forme de fictionnalisation à partir d’énoncés qui sont, chacun pris séparément, tous non-fictionnels.

Pour chaque texte, on repris quelques lignes issues de chaque texte de la séance précédente en tant que point départ, et fourni à nouveau la grille d’amorces possibles de phrases qui avait été fournie à la séance précédente, au cas où les participants souhaitent s’en emparer.

Les textes obtenus sont donc des autoportraits collectifs pris dans la première personne du singulier, et non dans celle du pluriel.

 

Autoportrait collectif : à partir d’Autoportrait, d’Édouard Levé — les textes

Autoportraits collectifs écrits à partir d’Autoportrait, d’Édouard Levé.

Textes réalisés par les étudiant·e·s au cours de la séance du 17 janvier 2018, à partir de la proposition suivante : en reprenant la forme d’Autoportrait, d’Édouard Levé, et en faisant se succéder dans les textes des auteurs·trices différent·e·s, chacun·e des participant·e·s écrivant quelques lignes avant de passer à un·e autre, et en faisant figurer la première personne du singulier dans chaque phrase, réaliser des textes qui fonctionnent comme des autoportraits collectifs.

 

Je déteste pleurer en public. Je me méfie des beaux parleurs. Je redoute le paiement refusé. Je me souviens de cet été au bord de la piscine. Je ne me souviens pas si j’ai mis du déodorant ce matin. J’ai une reproduction d’une guitare de Jimi Hendrix. Je n’écoute pas Jimi Hendrix. J’aime la montagne les matins d’été. J’aime la mer les soirs de fin d’été. Je suis mélancolique. Ma saison préférée est la fin du printemps. J’aime bien aller courir quand il fait beau. Je pratique beaucoup de sports. J’aime la compétition. Je joue beaucoup, sur informatique aussi. Je veux un nouveau jeu sur ordinateur. J’aime jouer le soir. Samedi soir, je regarderai Star Wars V. J’aime les films. Je voudrais aller au cinéma. J’aime regarder mes séries quand il pleut avec mon plaid. Parler en public m’angoisse. J’ai tendance à être plus méchante avec les gens que j’aime. J’ai déjà fait tomber mon téléphone dans les toilettes. J’ai déjà mis ma main dans les toilettes pour le rattraper. J’avoue j’aime laisser le rouleau de papier fini. J’aime faire peur à ma sœur. Je trouve que ne pas retenir une porte pour la personne derrière est drôle. Je me souviens qu’on m’a jeté à l’eau habillée. Je me souviens aussi d’une bataille de OVO. J’ai passé les meilleures vacances avec mes copains. Je me souviens de ce barbecue entre saisonniers. Je me demande sur la mode claquettes chaussettes est vraiment stylée. Je suis capable de me coucher tôt car je suis énervée. Je ne voudrais pas perdre quelqu’un que j’aime. L’idée de vivre seule, l’année prochaine, m’angoisse énormément. Si je pouvais vivre avec ma mère toute ma vie je le ferai. J’aime le confort de la maison. Parfois j’ai peur quand je suis seule. Je préfère la nourriture salée. Je suis très gourmande. J’ai de mauvaises habitudes alimentaires. J’aime chanter dans ma voiture. Je n’aime pas les nouveaux trajets. J’ai souvent peut de l’inconnu. Je commence à avoir faim. J’ai du mal à me concentrer. Je préfère écrire des histoires. Quand j’étais petit je dessinais des histoires. Quand j’étais petit je ne dessinais pas très bien. Au collège j’aimais faire des dessins très chargés sans queue ni tête.

 


 

Je fais de la guitare. J’ai eu mes deux poignets de cassés. Je détestais l’école. Je me rappelle m’être cassé une dent. J’aime modeler. J’ai eu un labrador. Je ne pourrais pas vivre sans animal de compagnie. Je ne peux plus me séparer de mes bagues. Mon chat à une place trop importante dans ma vie. J’ai hâte d’être à mon anniversaire, car je pense recevoir un poisson. J’adore l’hiver juste pour mettre un chauffage quand je prend ma douche. Quand je marche, mes pieds craquent. Je me rappelle avoir eu un accident de voiture étant petite. J’ai eu des canaris. Je souhaiterais être immortelle mais que les gens que j’aime le soient aussi. J’aimerais être au bord de la plage toute l’année. J’aime la chaleur. J’aime bronzer. Je me souviens être tombée. J’ai huit points de suture à l’arcade droite. Mon frère à un an s’est coincé le doigt dans la porte. J’ai fait pipi sur la vitre d’un magasin. Je me suis noyé. Je rigole beaucoup sur ma tante. Je ne ressens jamais la honte sauf quand ma tante chante « Vous saurez tout sur le zizi » en soirée. J’ai souvent honte de ce que je viens de dire. Je réfléchis après avoir parlé. Le temps influe beaucoup sur mon humeur. J’aimerais vivre dans un pays froid. Avec mon père j’ai fait un tricératops de neige et un mammouth de sable. Je faisais souvent Lucky Luke dans le sable. Je vais à la plage même l’hiver. Je n’ai jamais fait de sport nautique. J’aime bien les vagues, elles me bercent. J’adore la chaleur du soleil sur ma peau. Je préfère le froid à la chaleur. L’été je préfère le soir. L’été il y a toujours des tas d’insectes à la maison. Je n’arrive pas à beaucoup bronzer. J’aime portes des chemises larges. J’ai marcher nu pieds. J’aime me balader sur la plage. Je déteste les moustiques, d’ailleurs je déteste tous les insectes. Il paraît que chaque être à sa place. Je trouve que la vie est faite d’imprévus. J’ai souvent la flemme d’aller à la salle de sport mais quand j’en reviens je suis contente. Je crois de plus en plus au destin. Je crois aussi au grand amour. L’odeur de l’essence ne me dérange pas. Je mors souvent mes ongles sans les casser. J’ai du mal à lire l’heure sur une montre.

 


 

Je n’ai jamais aimé les huîtres. Je suis déjà montée sur un éléphant. Je suis née le jour du mariage de mon arrière-grand-mère. Je hais les oraux. Je n’ai pas le projet de devenir plombière. J’ai le projet de vivre dans un endroit où il y a la mer transparente. J’aime écrire. Je viens de tester la guitare électrique et j’ai bien aimé. Je ne sens plus mes dents. J’ai envie de créer, d’imaginer. Je ne suis pas difficile sur la nourriture. Ce midi je mange froid. J’ai bu toute ma boisson à l’aloé véra. Le silence m’apaise. Je n’ai pas rêvé cette nuit. Je me suis encore couchée trop tard. Cette phrase me rappelle une chanson que j’aime. Quand je dors trop, je me sens encore plus fatiguée. Des fois, je voudrais ne plus rien ressentir. Mais je me rappelle qu’une vie sans sentiments n’est pas une vie. J’aimerais avoir ce que je veux quand je le veux. J’aime rire à en pleurer. Je voudrais pouvoir partir sur un coup de tête. Mes amis sont ma force. J’ai rêvé qu’on avait détruit une de mes réalisations. Je trouve que l’art peut être une thérapie. L’art m’a toujours tourné autour mais je ne voulais pas. J’avais peur de faire de l’art. Je ne vois plus ma vie sans l’art. J’ai toujours cherché à être le plus épanoui. J’ai besoin d’avoir un travail qui me plaise. Je me demande si je n’écris pas deux fois la même chose. Je me répète souvent. Je n’ai pas le temps. J’ai toujours du temps pour voir les copains. Les amis c’est comme la famille. Je compte mes vrais amis sur les doigts d’une main. J’ai peur d’être déçu par les gens. Je ne donne pas ma confiance au premier regard. J’ai mon permis mais pas de voiture. Je parais timide au premier abord. Mais c’est vraiment qu’au premier abord. Je mets tout le temps plein d’alarmes sur mon téléphone pour ne pas oublier ce que j’ai à faire. Je les oublie quand même. J’ai eu quatre téléphones, je m’en suis fait voler deux. J’aime le travail de mes parents. Ce n’est pas le travail que je veux faire. J’aimerais avoir une vraie maison. J’aimerais construire ma propre maison. Je vis à la campagne. J’ai un grand frère et une petite sœur. Je suis souvent allé jouer chez ma grand-mère.

 


 

Je me laisse avoir par les titres accrocheurs. Je me couche trop tard pendant les vacances. Je n’aime pas cuisiner. J’aime manger. Je devrais faire plus de sport. Un jour on m’a dit que je ressemblais à une Japonaise. Je n’aime pas manger japonais. J’aime manger chinois par contre. Quand j’étais petit je regardais Pokémon. J’ai joué à Pokémon. J’aime beaucoup Zelda. Je me souviens finir le jeu lors d’un trajet dans les Pyrénées. Je jouais la musique à la guitare électrique. Je dessinais aussi les personnages. J’ai dessiné plein de personnages de mangas. J’ai vu tous les épisodes de Dragon Ball Z. J’ai testé plein de jeux et de dérivés de dessins animés. J’aimerais créer un dessin animé. Hier j’ai pensé à Scooby-Doo. L’actrice qui joue Vera était dans une série que j’ai beaucoup aimée. J’ai un abonnement Netflix. J’ai une mauvaise mémoire. Je me rappelle pas ou que très peu de choses avant mes dix ans. J’adore faire grincer mon critérium. J’ai plus les mêmes goûts que ma tata que ma mère. Je me demande parfois si elles ne m’ont pas échangée quand j’étais petite. J’aime dire à ma sœur qu’elle a été échangée à la naissance. Je n’aime pas le bruit de la craie sur le tableau. J’ai vu l’épisode 3 de Riverdale. La suite de Riverdale sort aujourd’hui. La nuit, je me réveille toujours pour aller aux toilettes. J’aimerais aller dans le plus d’endroits exotiques possibles. J’ai peut de prendre l’avion car j’ai toujours peur qu’il s’écrase. Les trains sont un moyen de transport que j’aime. J’aime faire des sorties à Nantes avec mes amis. J’ai faim. Mes collants s’effilochent souvent. J’écris mieux au stylo plume. Mon écriture a changé au fil du temps. Je ne suis pas doué en orthographe. Je n’aimais pas l’école. Je n’avais pas d’amis au collège. J’ai perdu mes amis de l’école en passant au collège et je m’en suis fait d’autres. La moitié de mes amis au collège étaient plus jeunes que moi. J’ai des amis proches de 18 ans jusqu’à 21 ans. Mes amis viennent de communes différentes. Mes amis sont complètement différents de moi mais notre point commun est le rire.

 


 

J’aime porter des chapeaux. J’ai beaucoup trop de chapeaux. J’ai vu un cheval dans la nuit seul dans la ville. J’ai l’habitude de dormir sur le ventre. J’ai fait du Jiu Jitsu. Je suis pas capable de citer tous les dieux de l’Olympe. J’aime découvrir d’autres cultures. J’ai l’habitude de me dépasser. Je regarde mon horoscope. J’aime avoir plein de looks différents. J’aime commencer ma journée par un citron pressé. J’aime faire plein de choses dans la journée. Je me sens mal quand j’ai rien fait même s’il y avait rien à faire. J’aime m’endormir en entendant le bruit de la pluie. La tempête me berce. Ma sœur a peur des orages en montagne. Ma mère a peur du brouillard et de se perdre. La brume en montagne me rappelle des souvenirs. J’ai souvent observé des mers de nuages. Je passe souvent les vacances d’été dans les Pyrénées. J’aime bien manger des plats locaux. Je mange plutôt équilibré, mais je me fais plaisir de temps en temps. Je préfère la viande rouge à la blanche. Il n’y a pas beaucoup de légumes que je n’aime pas. Je n’aimais pas le fromage. Je mange des wraps au McDonald’s. J’ai un jour déclenché l’alarme d’un magasin. Lors de voyages, je vais aux toilettes dès que possible. J’ai hâte de partir à Paris. J’ai beaucoup voyagé par rapport à mes parents. Il y a plein de petits bruits qui m’énervent. Quand je perds mon téléphone, je fais une mini crise cardiaque. Il m’arrive de jouer à la DS quand l’ennui me prend. J’aime sentir le sable chaud dans mes mains. J’ai toujours tellement hâte d’être l’été. Je déteste la sensation d’avoir la tête dans le cul le matin. J’ai du mal à me réveiller. Je voudrais que mes ongles aient une plus belle forme. Je ne sais pas d’où viennent ces petits points rouges sur ma main. J’ai plusieurs cicatrices. Principalement sur les os. J’ai eu des douleurs articulaires et plusieurs fractures. J’ai beaucoup eu mal à la tête. Moi aussi. L’ostéopathe m’a soigné. Je ne me suis jamais rien cassé. Quand j’étais petit je suis tombé plusieurs fois sur la tête. Je suis pas stressé quand je vais chez le coiffeur. Si le coiffeur me loupe, je lui demanderai de raser. J’aime avoir une barbe. J’aimerais tenter le carré. J’avais une frange plus jeune .J’ai déjà fait un Tye and Die parce que c’était tendance.

 


 

Je n’ai jamais voyagé hors de l’Europe. Ma mère a voyagé en Afrique. Ma famille est croyante. J’aimerais croire en Dieu. J’ai très peur de la mort. J’oublie tout le temps mes affaires. J’ai très peur de ne plus aimer ce que j’aime actuellement. Je n’aimerais pas savoir comment je vais mourir. J’adore écrire avec un stylo quatre couleurs. La patience est une qualité dont je ne dispose pas. L’inconnu est quelque chose qui me fait peur. Quand j’attends un événement avec impatience, j’ai tendance à ne pas profiter du moment présent. J’adore danser et chanter sous la douche. Le chocolat est mon péché mignon. J’aime aller à la salle pour me dépasser. On m’a dit que j’étais une fausse timide. Il paraît que l’échec rend plus fort. J’aimerais faire le jeu de Fort Boyard. Je joue pour rigoler. Mon rire change souvent. Je rigole sur tout, ce qui n’est pas forcément bien. Je ris facilement. Je suis peut-être trop moqueur. J’aime les oiseaux. Je pense que c’est grâce à mon père. Je ne cuisine pas beaucoup. Je n’aime pas le pot-au-feu. J’ai un oncle handicapé. Quand il vient à la maison on mange du pot-au-feu. Je suis pas fan des grands repas de famille. J’aime bien m’ennuyer dans le calme. Je peux passer des heures dans mes pensées. Je me souviens de certains rêves. J’ai fait beaucoup de cauchemars étant petit. Je m’en souviens très bien d’un. Je faisais souvent du vélo avec mon papy. Je passais toutes mes vacances d’été chez mes grands-parents avec mes deux cousines. J’aurais voulu connaître la cabane de ma mamie. Mon frère et moi nous sommes toujours bien entendus. Je me suis toujours chamaillé avec ma sœur. Je me suis beaucoup fait gronder. Je n’ai pas beaucoup d’inspiration. L’inspiration me vient quand j’y pense le moins. J’étais très sage jusqu’à la naissance de ma sœur. Les gens pensent que je suis fils unique. J’ai six ans de différence avec ma sœur. Quand mon frère et ma sœur se taquinent à la fin il y en a un qui pleurera. Je joue au Nerf avec mon frère. Ma sœur s’est pris une vitre. J’aurais aimé avoir une sœur. J’ai de plus en plus peur du vide mais j’ai déjà fait les plus grandes montagnes russes d’Europe à Port Aventura. Souvent, je réessaie mes maillots de bain en hiver. Je n’aimerais pas connaître mon avenir.

 

Autoportrait : à partir d’Autoportrait, d’Édouard Levé — la proposition

Écrire un autoportrait sur le modèle du livre Autoportrait d’Édouard Levé

Séance d’atelier du 10 janvier 2018.

 

On présente le travail d’Édouard Levé d’abord en tant que plasticien, sa filiation avec l’art conceptuel (qu’on rappellera ensuite lorsqu’il s’agira de le présenter en tant qu’écrivain) et son utilisation du médium photographique. On présente plusieurs séries de travaux, avec l’importance des protocoles, du rapport aux noms propres et aux mots, aux intitulés, ou encore à la reproduction minutieuse de scènes provenant d’autres référents, reconstituées dans un tout autre contexte et dans un tout autre registre d’affect, de sentiment et de mode de représentation. On souligne l’importance récurrente de la notion de double, de réplique.

On présente son travail des portraits d’homonymes, dans lequel il photographie des homonymes de figures célèbres de l’histoire de l’art et de la littérature, des personnes vivant aujourd’hui et se nommant Eugène Delacroix, Fernand Léger, André Breton, Yves Klein, etc.

Son travail sur les villes homonymes : série de photos prises dans des villes américaines, généralement petites et très ordinaires, portant le même nom que des villes, située ailleurs sans le monde, beaucoup plus célèbres et emblématiques d’une histoire éminente : Delhi, Paris, Amsterdam, Oxford, Jericho, Lima, Rome, etc. Toutes des villes très ordinaires, photographiées et légendées par Édouard Levé.

Également sa série sur la commune d’Angoisse, en Dordogne : des images à l’esthétique neutre prise dans une petite commune banale, nommée Angoisse, et donnant lieu à des intitulés à la fois strictement factuels et fortement évocateurs tels que « la discothèque d’Angoisse », « l’entrée d’Angoisse », « le restaurant d’Angoisse », « messe à Angoisse ».

On souligne une constante dans l’approche esthétique d’Édouard Levé : la façon dont il met à distance dans la forme un fond souvent inquiétant ou un objet fascinant, et des émotions potentiellement très fortes où s’originent ses projets, mais qui sont toujours tenues très à distance dans une mise en œuvre extrêmement détachée, froide, voire clinique.

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On présente ensuite le travail d’Édouard Levé en tant qu’écrivain, et le fait qu’Édouard Levé est entré en littérature par un livre directement lié aux arts plastiques, à son travail de plasticien et à sa filiation avec l’art conceptuel, dans lequel un énoncé peut à lui seul produire l’œuvre, que celle-ci soit effectivement réalisée au-delà de son simple énoncé ou non : le livre intitulé Œuvres, publié aux éditons POL en 2002, composé de 533 entrées dont la première décrit le principe général de tout l’ouvrage :

« 1. Un livre décrit les œuvres dont l’auteur a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées. »

 

On en vient à Autoportrait, un livre publié par Édouard Levé aux éditions POL en 2005. Une succession de phrases, souvent simples, à la première personne ou dont le sujet, quand il est à la troisième personne, est toujours rattaché à l’auteur lui-même. Le livre est composé d’un seul paragraphe, les phrases se succédant toutes sans que jamais le texte ne revienne à la ligne. Tout au long de cet unique paragraphe, Édouard Levé énonce des éléments autobiographiques, descriptif de ses goûts, de son corps, de son caractère, de ses habitudes, de ses préférences, ou relatant des souvenirs, des anecdotes, d’une façon hétéroclite et sans autre logique apparente que le fait que tous ces énoncés se rapportent à lui et sont autant d’éléments épars et fragmentaires de sa vie et de sa personne, dessinant progressivement un vaste autoportrait constitué d’éléments atomisés, souvent infimes, anecdotiques, parfois beaucoup plus graves et capitaux, mais toujours formulés avec un grand détachement et un souci d’exactitude factuelle. On constate toutefois souvent des cohérences internes entre les énoncés, des récurrences thématiques, des affinités marquées voire des obsessions, et dans la succession des phrases le déroulement perceptible des associations d’idées générés par l’écriture, de telle sorte qu’au fur et à mesure de la lecture, la masse du texte finit par donner accès à la personnalité de son auteur dans son épaisseur.

Un extrait du texte :

« Enfant, je faisais régulièrement ce cauchemar : la pesanteur ayant disparu, l’humanité se disperse, mes proches s’éloignent de moi sans espoir de retour, chacun est le centre d’un monde en expansion infinie. Même si c’est un drôle de cadeau, je remercie mon père et ma mère de m’avoir donné la vie. Lorsque je m’allonge sur l’herbe, je me souviens du vertige que j’ai éprouvé à l’âge de six ans quand, allongé sur l’herbe, je pensais que si la pesanteur cessait, je tomberais dans le ciel. J’ai fait mes études primaires et secondaires dans un collège en béton armé que je nommais avec mes amis « Le Blockhaus », ce qui explique qu’il m’ait fallu attendre des années pour être capable de regarder avec plaisir une construction faite dans ce matériau. […] Je dessine mieux les yeux fermés que les yeux ouverts. Dans le train, j’ai regardé les cheveux blancs du passager devant moi, ils dépassaient de l’appuie-tête comme une boule de fourrure abstraite. Lorsque le soleil se couche sur la mer, j’évite de regarder la bande de reflets qui me relie à lui. Je suis rarement monté sur des bateaux à moteur de loisir. Je n’ai pas fait de jet-ski. Je sais skipper un dériveur ou un catamaran. J’ai fait une croisière de quinze jours en bateau avec des amis en Bretagne, j’en garde le souvenir de journées longues et sans ennui, bien que nous ne fassions rien d’autre qu’attendre la prochaine étape. Je ne suis pas adapté à la taille des sièges publics, trop petits pour moi, ce qui gêne mon plaisir au cinéma et au théâtre, et me rend le voyage inconfortable. »

Édouard Levé, Autoportrait, p. 50 de l’édition POL #formatpoche

 

On indique que l’auteur s’inscrit avec ce travail dans la lignée dont on déjà parlé souvent au cours de l’atelier : Georges Perec. On retrouve dans Autoportrait le goût des inventaires, l’attention à l’expérience ordinaire et même infra-ordinaire, la recherche de saisir la vie dans sa matérialité même par un souci d’exactitude et de re-saisie des souvenirs. Cette influence perecquienne est signalée dès la première phrase d’Autoportrait : « Adolescent, je croyais que La Vie mode d’emploi m’aiderait à vivre et Suicide mode d’emploi à mourir. » On présente un texte de Perec dont on n’avait encore que peu parlé, qui est constitué de la transcription de souvenir de jeunesse, énoncés les uns à la suite des autres dans leur caractère ordinaire : Je me souviens.

On a préparé une grille pour donner un ensemble d’amorces de phrases possibles sur lesquels les étudiant·e·s peuvent s’appuyer s’ils le souhaitent. En commentaire de cette grille, on fait remarquer les changements de sens qu’opèrent les temps grammaticaux : le présent qui indique une habitude, une vérité général ou quelque chose de toujours en vigueur, les différents temps passés qui indiquent quelque chose de révolu mais de ponctuel ou de révolu mais qui avait été durable, le conditionnel qui indique des possibilités, le conditionnel passé qui exprime un regret, le futur de l’indicatif qui indique un projet, etc.

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Références citées :

  • art conceptuel
  • Édouard Levé, portraits d’homonymes
  • Édouard Levé, villes homonymes
  • Édouard Levé, Angoisse
  • Édouard Levé, Œuvres, éditions P.O.L, 2002
  • Édouard Levé, Autoportrait, éditions P.O.L, 2005
  • Georges Perec, Je me souviens, Hachette, 1978

Autoportrait : à partir d’Autoportrait d’Édouard Levé — les textes

Autoportraits écrits à partir d’Autoportrait, d’Édouard Levé

Textes réalisés par les étudiant·e·s au cours de la séance du 10 janvier 2018, à partir de la proposition suivante : sur le modèle d’Autoportrait, d’Édouard Levé, en une succession de phrases se rapportant à soi (dont le sujet est à la première personne ou dont le sujet à la troisième personne est rapporté dans la phrase à l’auteur·trice), portant sur des questions pouvant être aussi triviales, quotidiennes, anecdotiques que profondes ou capitales, sans autre lien logique nécessaire que celles de l’association libre et de la façon dont elles se présentent à l’esprit, sans revenir à la ligne, écrivez un texte qui soit un autoportrait possible, par accumulation de détails hétéroclites.

 


 

Je voudrais faire un grand voyage. J’ai fait de la musculation lundi. Je fais des exercices physiques. Je ne peux pas ne pas avoir des araignées. Je ne pourrais pas participer à « The Voice ». Je pourrais regarder un film. Je peux danser. Je préfère gagner. J’ai déjà été au restaurant. Il m’est déjà arrivé un accident de voiture. Souvent je vais sur les réseaux sociaux. J’ai tendance à me changer plusieurs fois le matin. J’ai l’habitude d’aller aux toilettes le matin. Je suis allé dans la cuisine pour manger. J’ai vu des arbres. J’ai entendu un animateur radio. Je n’ai jamais regardé de film d’horreur. Je ne suis pas allé à la piscine depuis septembre. Quand j’étais plus jeune, je me suis ouvert l’arcade. Si j’étais un garçon. J’aime les vêtements. Je suis attirée par l’art contemporain. Je n’ai jamais aimé l’heure de colle en seconde. Je déteste pleurer en public. Je me méfie des beaux parleurs. Je redoute le paiement refusé. Je me souviens de cet été au bord de la piscine. Je ne me souviens pas si j’ai mis du déodorant ce matin. Je me rappelle que ce sont les soldes. On m’a dit bonjour. Ma sœur a une cicatrice. Mon frère a des lunettes. Une amie a eu les cheveux violets. Je trouve qu’il pleut trop. J’imagine la chaleur au soleil sur ma peau. Je suppose qu’un jour j’aurai réussi ma vie. Je me demande si je mourrai jeune. Il me semble être grande. Je sais imaginer. Je crois que notre vie est écrite. J’espère qu’il y aura ma taille.

 


 

Je peux voir plusieurs fois un film. Je peux pas manger. Je préfère ne pas avoir mal. J’ai déjà tapé quelqu’un. J’aime lire. Je préfère écrire. Il m’est déjà arrivé de passer plusieurs heures dans mes pensées. Je ne suis pas allé au Japon. Je veux que l’un de mes vœux se réalise. Je ne travaille pas assez. Je travaille la nuit. Je travaille mal le matin et l’après-midi. Mon frère n’est plus à la maison. Je partirai bientôt. J’espère voyager. J’ai mal. Je me suis fait opérer. J’aime bien dormir. Je ne suis pas capable de rester concentré. J’aime ne rien faire. Je préfère être au soleil. J’aime créer. Je ne comprends pas tout ce que j’entends. Je me sens lourd. Je me rappelle de certains rêves. Je regarde des dessins. Je joue beaucoup. Je fais du sport. J’aimerais voler. J’aime être enroulé dans mes draps. Je préfère vivre dans une maison qu’un appartement. Je n’aime pas être forcé. Je ne suis pas difficile sur la nourriture. J’aime marcher. Mon père avait une 104. J’allais souvent à la pêche. Mon père ne travaille plus. Je me suis essayé à plusieurs techniques de dessin. Je fais de la guitare. J’ai eu mes deux poignets de cassés. Je détestais l’école. Je me rappelle m’être cassé une dent. J’aime modeler. J’ai eu un labrador. Je ne pourrais pas vivre sans animal de compagnie.

 


 

Je peux écrire. Je suis capable de penser. Je pourrais voyager. Je voudrais voyager. Je ne pourrais pas tuer. J’ai fait des cadeaux. Je ne pense pas être narcissique. Je faisais des jeux à l’école. Je fais ce que j’aime. J’aimais mes jouets. Je préfère dormir la nuit. Je préférerais faire ce que je veux. Je ne voudrais pas qu’on me vole. Je veux que mes parents soient heureux. Je voudrais que mon frère soit plus souvent là. Je ne veux pas devenir sourde. Je voulais avoir un chien. J’ai déjà été ivre. Il m’est déjà arrivé de me perdre. Souvent, je rigole. J’ai tendance à me vexer. J’ai l’habitude de ne rien faire le dimanche. Je suis allée en Irlande. J’ai vu un concert. J’ai entendu des discours. Je n’ai jamais mangé à ce restaurant qui me fait envie. Il ne m’est jamais arrivé de rencontrer un acteur. Je ne suis pas allé en Angleterre. Je ne suis pas capable de courir vite et longtemps. Je ne comprends pas qu’on fasse la guerre. Quand j’avais huit ans, j’avais huit ans. J’aimais jouer aux Playmobil. Je voudrais être Sherlock Holmes. J’adore les séries. J’aime aller au cinéma. Les livres et les films à enquêtes me passionnent. Je me parle souvent à moi-même. Je me rappelle souvent de mes rêves et il faudrait que je les note. Mon dernier rêve m’a perturbé. J’aimerais mieux dormir. Il faudrait que je travaille plus. Je ne veux pas perdre mon temps à faire des choses qui me sont imposées. J’ai peur de conduire, mais j’aime ça. Si je devenais riche, je ne serais pas meilleure. J’aimerais donner plus. J’ai le projet de vivre dans un type de maison que j’apprécie. Je m’énerve moi-même. Les Sims est le seul jeu vidéo où je pourrais jouer des heures. Je me sens parfois de trop. Je me souviens jamais des anniversaires le jour même. Je me demande souvent ce que je ferai plus tard. J’ai peur de ne pas réussir mes études. Je me sens mieux maintenant. J’aime l’histoire mais je ne la connais pas très bien. Mal écrire m’énerve et me rend parfois triste. Je regrette de ne pas avoir travaillé à l’école et au collège. J’ai du mal à comprendre le système scolaire. Je regrette certaines choses. Je ne regrette pas où ça m’a mené. J’aime ne rien faire. J’aime faire des choses. Je voudrais aller à la patinoire. Je voudrais être un homme pendant une journée. J’espère qu’une saga de livres que j’aime soit adapté au cinéma et je trouverais ça génial de participer au casting du personnage principal. J’aimerais comprendre mes rêves. Pourquoi pas revivre des moments de ma vie ? On me force toujours à goûter les huîtres. Je préfère le salé. Je déteste le principe des zoos mais j’aime y aller. J’ai toujours mon doudou. J’ai une passion pour mon chat. Je voudrais qu’elle dorme avec moi mais elle me gêne. Je dors mieux dos à la personne avec qui je suis. Mon avis est souvent faussé par l’avis des autres. Je déteste faire du mal aux autres. J’aime beaucoup trop la musique. J’aime la musique française. La mort de Johnny me touche plus maintenant. J’adore « N’oubliez pas la paroles ». J’aime jouer avec ma meilleure amie. Je déteste me tromper dans les paroles d’une chanson. Je voudrais vivre une grande histoire d’amour. Je préfère les histoires homosexuelles. Je suis très patriotique. J’aimerais changer le monde. J’adore comparer et comprendre ma culture et celle des autres. J’aime les textes de culture générale. Je n’aime pas ne pas savoir. J’aime chanter. Je ne crois pas savoir chanter. Je suis trop émotive. J’aime avoir des lunettes. Parfois j’aimerais ne pas en avoir. Je déteste ne pas les avoir en public. Je ne veux pas être artiste. Je crois aux autres plus qu’en moi. J’aime pas le vélo. J’admire les végétariens et les véganes. J’adore la viande et les sauces. J’aimerais être incollable sur l’art. Je n’ai pas une bonne mémoire. J’aime mes bagues. Le fonctionnement des yeux m’impressionne. Je voulais être ophtalmo et astronaute. Je renoncé car je suis nulle en maths. Je n’aime pas qu’on critique les Bac pro. J’admets que le niveau y est plus facile. Je voudrais parler anglais. Quand je crois avoir progressé je me rends compte que pas tant que ça. J’aime la culture geek. Je trouve un Youtubeur très mignon. J’aime les vidéos scientifiques. Je me laisse avoir par les titres accrocheurs. Je me couche trop tard pendant les vacances. Je n’aime pas cuisiner. J’aime manger. Je devrais faire plus de sport. Un jour on m’a dit que je ressemblais à une Japonaise. J’aime mon apparence physique si je ne la compare pas aux autres. Je préfère le maillot de bain une pièce. Je n’aime pas quand les gens éternuent. Je reconnais les éternuements des gens. Je voudrais être plus féminine. J’aime les cheveux roux. J’aimerais qu’on laisse les gens tranquille. Je me contredis parfois. J’aimerais être dans une comédie musicale. Je ne sais pas quel est mon type d’homme. J’écris mieux au plume. J’adore la calligraphie. J’aimerais voyager dans le temps. Je voudrais avoir un super pouvoir. J’aime Spiderman. Je ne comprends pas le racisme. Merde quoi égalité homme femme. J’oublie les prénoms.

 


 

J’aime les longs trajets de nuit. Je peux lire en voiture. Je peux dormir n’importe où sauf en voiture. Je me souviens que j’avais peur d’être abandonné. Je n’ai pas peur de me perdre. Je n’ai pas aimé le 2e Star Wars la première fois que je l’ai vu. J’ai tendance à tout faire au dernier moment. Je rate souvent mon bus. Quand j’échoue je suis très frustré. Je finis par me raisonner. Je ne crois pas aux fantômes. Je suis trop cartésien. Parfois j’aime un livre qu’après l’avoir fini. Je n’ai jamais voyagé hors de l’Europe. Ma mère a voyagé en Afrique. Ma famille est croyante. J’aimerais croire en Dieu. J’ai très peur de la mort. J’oublie tout le temps mes affaires. J’ai très peur de ne plus aimer ce que j’aime actuellement. Je préfère travailler le matin. Je dors mieux après avoir fait du sport. Je ne suis pas trop sport d’équipe. J’aime les sports individuels par équipes. Je me force à ne pas être de mauvaise foi quand je m’énerve. Parfois je parle sans réfléchir. Je psychote sur l’impact de ce que j’ai pu dire. Je veux voir tous les Star Wars. J’ai des amis qui lisent le même livre que moi. Je m’inquiète pour l’environnement. J’ai beaucoup d’espoir dans l’avenir. Je ne crois pas aux extraterrestres comme on les imagine (humanoïdes). Le fait de dire que la conscience est réservée aux hommes me paraît absurde. Je ne vois pas la limite entre homme et animaux. Je ne me souviens pas avoir cru au Père Noël. Avec ma famille on écoute Aldebert. Je trouve qu’on a trop de points de vue extrêmes. J’aimerais voyager dans des pays froids. J’aimerais voyager dans des pays pauvres. J’aimerais rencontrer des gens qui ont une culture très différente. Mes défauts me font rire. Je me suis cassé une dent en mangeant de la salade. Le temps influe sur mon humeur. Je ne crois pas au destin. Je pense que les choses qui me plaisent dépendent de mon état d’esprit. J’aime la mélancolie. Mes souvenirs me donnent de l’espoir. Me dire qu’on peut tous aider à changer les choses me rend heureux.

 


 

Je dors toujours du côté gauche d’un lit. J’aurais aimé être plus bronzée. Je n’ai pas de frère. Je n’ai pas de sœur. Je n’ai jamais dormi seule dans une maison. J’ai peur du noir. J’ai tendance à manger plus de trois fois par jour. J’ai déjà dormi à la belle étoile. Je ne peux pas toucher ma langue avec mon nez. Je n’ai jamais regardé Star Wars ni Game of Thrones. Je préfère le salé au sucré. J’ai déjà cassé le pare-brise d’une voiture avec mes pieds. Je n’aime pas les morceaux dans les yaourts. Je me souviens d’élément inutiles de ma vie : des détails. Je ne suis jamais cassé quelque chose. J’aime bien les maths. Je bois tout le temps à la bouteille. J’ai déjà jeté mon poisson rouge mort dans les toilettes. Je ne lis jamais. J’aurais aimé avoir les yeux clairs. Je rêverai de me retrouver dans une pièce pleine de boules en plastique. Cette année, j’ai acheté un agenda que je n’utilise pas. J’ai longtemps cru à la petite souris. Je déteste maigrir. J’ai une super montre mais je ne la porte jamais. Je ne porte jamais les beaux bijoux car j’ai peur de les perdre. J’ai 200 000 vêtements mais jamais rien à me mettre. Je déteste les tongs. Quand j’étais petite, je regardais Foot 2 Rue. Quand j’étais petite, j’adorais faire des cabanes. Je n’ai jamais aimé les huîtres. Je suis déjà montée sur un éléphant. Je suis née le jour du mariage de mon arrière-grand-mère. Je hais les oraux. Je n’ai pas le projet de devenir plombière. J’ai le projet de vivre dans un endroit où il y a la mer transparente. Je n’y connais pas grand chose en politique. J’aime ne rien faire. Je ne sais pas mentir. J’aimerais, plus tard, avoir au moins deux enfants mais pas plus de trois : donc deux et demi… J’adore l’odeur des marqueurs, de l’essence et de la colle Glu. Je voudrais que les voyages soient gratuits. Je déteste mettre du vernis mais je déteste ne pas en avoir. D’ailleurs, les pieds sans vernis c’est moche. J’ai voyagé dans deux pays. En seconde, j’ai appris par cœur tous les pays et leur capitale et je ne me souviens que de très peu. Je ne me douche jamais avec de l’eau trop chaude. On m’a toujours dit qu’en grandissant, j’aimerai le café, mais j’attends encore. J’ai peur de mourir noyée. Je préfère les plus petites voitures car c’est plus facile de se garer. J’ai peur de mourir. J’ai déjà pêché des crabes dans les rochers. J’ai peur de prendre l’avion et qu’il s’écrase. Je ne regarderai jamais un film d’horreur seule. Je pourrais passer ma vie à bronzer. J’ai toujours un élastique autour de mon bras. Je déteste le bruit des fourchettes qui crissent dans les assiettes. J’écris gros. Le soleil me met de bonne humeur.

 


 

Je peux manger des tomates cerise à n’importe quelle heure. Je préfère séparer mes aliments en mangeant. J’ai déjà fait du stop. Je n’ai jamais caressé un éléphant. Quand j’avais un an je dormais sur l’aspirateur. J’aime sortir avec les copains. Je n’aime pas Jul. Je me souviens de ma grand-mère. Je trouve que les yaourts goût tarte aux fraises ne devraient pas exister. Je sais que le Père Noël n’existe pas. Je pourrais devenir un tueur en série. Je rêve d’être un voleur d’art. Quand j’étais petit, je regardais Cat’s Eyes. À mon adolescence, je regardais FBI : Duo Spécial. Ma série préférée est Darma and Greg. J’ai déjà fait du yoga. Je me souviens de la chaleur quand j’ai fait mes shakras. J’adore me poser près de la cheminée pour que la chaleur m’envahisse le dos. Je m’allonge par terre pour énerver ma sœur. J’ai une petite sœur. Je ne veux pas d’animaux. Je suis allé en week-end à Bruxelles puis La Baule pour revenir chez moi. J’aime porter des chapeaux. J’ai beaucoup trop de chapeaux. J’ai vu un cheval dans la nuit seul dans la ville. J’ai l’habitude de dormir sur le ventre. J’ai fait du Jiu Jitsu. Je suis pas capable de citer tous les Dieux de l’Olympe.

Faire le récit de la conception et de la réalisation d’un travail plastique — la proposition

Séances du 8 et du 15 novembre

Ce travail se déroule sur plusieurs séances.

Au cours de la séance du 8 novembre, un étudiant s’interroge sur l’exercice de la « synthèse » auquel il leur a été demandé de travailler dans leurs ateliers d’arts plastiques, qui consiste en une présentation écrite d’un travail plastique, depuis le contexte dans lequel il a été fait jusqu’aux compléments ou prolongements que l’on souhaite lui apporter une fois qu’on l’a réalisé, en passant par sa description, les références qui y sont associées, et les thématiques qui y sont traitées.

Au-delà de l’exercice lui-même de la synthèse, la proposition suivante est faite : « faire le récit de la conception et de la réalisation d’un travail plastique ». Il ne s’agit plus en l’occurrence de s’en tenir à la pratique la présentation par une synthèse, exercice utile et parfois nécessaire pour présenter des dossiers ou travaux, mais de pousser plus loin et d’aborder plus largement la possibilité de rendre compte par le texte d’un travail plastique que l’on a réalisé. Il s’agira au bout du compte de considérer d’une part les textes ainsi produits comme des compléments à un travail plastique donné, mais aussi, d’autre part comme des travaux de création complexes.

Je demande aux étudiant·e·s de choisir un travail plastique qu’ils ont récemment réalisé, de préférence s’il est présent dans l’atelier, de telle sorte qu’il soit possible de le décrire en l’ayant sous les yeux, et de faire le récit de sa conception et de sa réalisation. Peu de temps auparavant, lors d’un cours ayant eu lieu la veille ou l’avant-veille, une enseignante leur a fourni un ensemble de collants, avec l’intitulé suivant : « décollez-vous du collant ». Il s’agit d’utiliser ces collants comme matériau et comme élément central d’un travail (où le collant en tant qu’objet sera présent), tout en exploitant les capacités plastiques et le détournant de son usage originel (celui d’un vêtement enveloppant les jambes). L’enseignante avait également fourni, à côté de l’intitulé, un ensemble de verbes d’action pour donner des pistes de travail aux étudiant·e·s : tendre, remplir, étirer, percer, nouer, épingler, etc. Comme il s’agit d’un travail récent, et même toujours en cours, à partir d’un contexte commun à tou·te·s les étudiant·e·s, nous décidons que chacun·e fera le récit de son travail à partir de « décollez-vous du collant ».

Il s’agit de RETRACER LE CHEMINEMENT DE LA PENSÉE ET DES ACTIONS. Pour cela, il s’agit de travailler avec la forme textuelle du RÉCIT, dont l’avantage est d’être très souple, et dont les capacités d’intégration de matériaux hétérogènes (à l’intérieur de la forme textuelle : description, rapport d’incident, relation de lien logique, évocation d’une image mentale, d’un raisonnement abstrait, etc. — hors de la forme textuelle, mais pouvant être associés à lui : des documents visuels et/ou sonores, des liens hypertextes). On considère donc que la conception de son travail plastique et sa réalisation est l’objet d’un récit, et non l’objet d’un discours (même si la souplesse et l’inclusivité du récit permettent d’intégrer du discours, mais dans le déroulement du mouvement propre au récit, qui est celui d’un cheminement en train de se faire, de la relation de QUELQUE CHOSE QUE L’ON RACONTE).

Dans de tels récits, il peut être fait mention d’étapes qui auront été des fausses pistes, des tâtonnements, des incompréhensions, des échecs, etc. autant que des étapes qui ont activement mené à la réalisation aboutie du travail dont on rend compte. On relatera donc des étapes dont aucune trace ne reste dans le travail final et des étapes qui auront été beaucoup plus productive : il s’agit de relater le cheminement de la pensée et des actions, s’il y a plus de pensées que d’action, cela n’empêche pas qu’il y a matière à récit. Le récit d’un travail qu’on n’a pas réussi à faire n’est pas moins valable que celui d’un travail qu’on a réussi à faire.

Parmi les enjeux de ce travail de récit, il y a notamment celle de travailler la forme du récit, en tant que genre littéraire, et celle d’utiliser l’écriture comme une mise en forme de la pensée et un donc moyen de construction de la pensée.

Le travail commence par oral. Je demande à chaque étudiant·e de me dire de quoi il·elle est parti·e (en l’occurrence, pour chacun·e ici, il s’agit du même intitulé et des mêmes objets), et quelles ont été les étapes de sa réflexion : premières pensées, premiers actes, les essais qui en découlent, ce qui suit ces premiers essais, les pensées que ça a suscité chez lui ou chez elle, les références, etc. En relatant le plus d’étapes possibles du mouvement de la pensée, et des interactions de celle-ci avec des actes et des opérations extérieurs (une conversation qui nourrit la réflexion, la découverte d’un objet utile, le conseil d’un·e enseignant·e ou d’un·e autre édudiant·e, la réalisation de tel ou tel acte qui satisfait ou ne satisfait pas, donne une autre piste, etc. etc.

Les étudiant·e·s me font un premier récit de cela et je le note au tableau au fur et à mesure, sous forme de prise de notes, sans phrases. C’est la constitution d’un matériau, qui passe de processus mentaux à une prise de notes écrites.

Ensuite, je retranscris ce récit oral noté au tableau et le restitue aux étudiant·e·s, afin qu’ils l’utilisent comme base de la première version qu’ils feront de leur récit. Les étudiant·e·s sont libres d’ajouter ou de modifier ce matériau retranscrit autant qu’elles·ils le souhaitent, de le compléter selon leur désir. L’idée étant d’essayer de faire un récit le plus complet possible.

Pour décrire autrement l’exercice qu’il s’agit de pratiquer avec ces récits et donner une idée peut-être plus parlante de sa portée, on pourrait dire qu’il s’agit de faire le REPORTAGE ou le MAKING OF de la conception et de la réalisation d’un travail plastique.

Aux étapes ultérieures de l’écriture de ce récit, on réfléchira aux possibilités de l’enrichir de registres de texte supplémentaires, d’y inclure de nouveaux éléments et aux possibilités de le mettre en forme, notamment en fonction des images par lesquelles il pourra être complété (sans oublier les sons, vidéos et liens hypertextes que permettent le support numérique). Ce sera également l’occasion d’aborder les possibilités de faire le récit de tout processus s’opérant selon un cheminement, un déroulement (ou mis en forme par le texte selon un cheminement que l’on relate), et l’importance de l’acte de DOCUMENTER afin de constituer le matériau à partir duquel on peut enrichir et augmenter les récits.

 

On pourra alors s’aider, par exemple, d’une série de textes relatant la conception et la réalisation de livres par leurs auteur·trice·s, mis en ligne sous l’intitulé de « making of » sur le site de création littéraire remue.net, dont on peut citer quelques exemples :

 

La main sur le cœur

Tout part d’un lien familial, ma sœur.
Elle est née avec une tétralogie de Fallot qui est une malformation cardiaque.
Comme le sang circule mal ou du moins il ne prend pas la bonne direction, à la naissance elle était bleutée.

J’ai alors voulu essayer de multiplier les techniques, jusqu’à un certain épuisement du motif du cœur.

#1
J’ai commencé par représenter, dessiner l’organe.
Puis sur du journal, je l’ai peint puis transféré comme un tampon sur du carton. A ce moment-là je me suis rendu compte qu’il fallait le dessiner à l’envers.
J’ai fait plusieurs essais mais je trouvais ça trop plat, aucune émotion, sensation ne ressortait.

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#2 Bébé bleu
Après plusieurs représentations de l’organe qui étaient pour moi non satisfaisantes,
je me suis dit pourquoi partir dans l’abstrait ?                                                                      Comme, dans tétralogie de Fallot, tétra = 4
J’ai fait quatre carrés sur une feuille, puis j’ai pris un tissu très transparent pour représenter le péricarde (ce qui enveloppe le cœur) je l’ai mouillé, posé quatre petit carrés sur la feuille puis avec de l’encre bleue j’ai déposé de multiple gouttes, puis laissé sécher.
Après j’ai cousu en représentant schématiquement le cœur avant et après l’opération chirurgicale de traitement de la malformation.

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#3 Cyanotype
Avec la découverte du cyanotype qui a un rendu bleu. Comme une évidence j’ai voulu essayer avec le cœur.                                                                                                                          La première étape était de créer un pochoir. Un travail de patience, de découpe minutieuse a alors commencé.
Puis une fois fini j’ai pu alors tester, le premier n’a pas fonctionné parce que le produit avait vieilli.
J’ai donc testé une nouvelle fois et le résultat n’était toujours pas concluant, un certain découragement est apparu.

#4 Suspendu
J’ai repris des empreintes de feuilles (suite au sujet « épuisement du motif ») qui a naturellement une forme de cœur, que j’ai accentuée.
Ce côté suspension dans l’idée suspense, attente. Puis je les ai assemblées à l’aide de fil de pêche puis j’ai écrit « Heart » qui apporte un côté inconnu à la maladie, un coté inhabituel. C’est un travail assez doux, enfantin.

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#5 vidéo battement
Après l’annonce « détacher vous du collant » j’ai été dans un premier temps bloquée car il ne fallait utiliser que du collant, du moins que ce soit la matière principale.
Puis en parlant avec des professeurs, je me suis rendu compte que je pouvais parler du cœur avec ce projet aussi.
Je suis donc allée dans la salle noire et j’ai manipulé le collant, mis mes mains dedans puis j’ai ouvert et resserré mes mains.
Plusieurs essais ont été effectués jusqu’à ce que l’idée de mettre la lampe sous le battement surgisse. Je venais d’obtenir de belles choses.
Par la suite j’ai installé un vidéo projecteur dans la salle noire, la vidéo avait pris un autre caractère, une autre force.

Se jeter a l’eau.

Le rêve de l’enfant du pêcheur

Pendant le cours de danse du mardi 7 novembre 2017, nous avons eu comme nouveau thème un projet intitulé “décollez-vous du collant”. Un tas de collants et de bas nous avait été fourni, nous avons donc tous commencé par manipuler la matière, expérimenter son élasticité, sa transparence. Je me suis au fur et à mesure intéressé aux bandes collantes des bas, je trouvais que ça pourrait être intéressant mais je n’avais pas d’idée. En continuant à manipuler les bas j’ai retourné sur elle-même la partie haute en dentelle et fait un nœud à la base pour que ça tienne mieux.

 

 En observant le résultat je trouvais que ça ressemblait à une méduse. J’en ai fait plusieurs puis j’ai découpé la partie en long pour créer des tentacules. J’ai rajouté un fil sur le dessus pour pouvoir les suspendre sur un encadrement de porte, j’aime les voir dans le vide comme si elles flottaient dans l’eau. Ça ma fait penser à un mobile pour bébé qui a aussi des petits animaux qui pendent. J’ai donc eu l’idée de créer un mobile avec les méduses. Je suis partie chercher une branche qui pourrait servir de support. En me dirigeant à l’extérieur je suis passée devant une branche qui était dans l’atelier depuis longtemps. Je l’ai utilisée avec une autre branche trouvée dehors. J’ai essayé de les accrocher ensemble mais ça ne marchait pas, j’ai choisi celle qui était déjà dans la salle car elle était déjà abîmée par l’eau et je la trouvais plus en adéquation avec le thème de la mer, de plus sa forme me plaisait. J’ai ensuite accroché les méduses sur la branche que j’ai par la suite suspendue en hauteur.

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Je suis très contente du résultat c’est ce que j’avais imaginé, je trouve que le contraste entre le mobile pour enfant et l’utilisation des méduses marche très bien.La forme de la branche a je trouve une forme enveloppante qui me rappelle le travail de Louise Bourgeois Maman qui est une araignée qui représente une maman qui protège son enfant.Quand une personne est sous mon mobile elle touche en général les tentacules si la hauteur de l’installation le permet. La personne attrape comme un bébé les animaux suspendus au dessus de lui, ce que je trouve intéressant car personne n’irait toucher des vrais méduses.

Le titre de ce projet est Le rêve de l’enfant du pêcheur en référence à l’artiste Delphine Gigoux Martin et à son œuvre Le rêve de la femme du pêcheur. Cette œuvre est une installation de deux vitrines qui comporte des petits poulpes de porcelaine, je la trouve très intéressante car les petits poulpes devienne comme des bijoux ça leur donne un côté précieux.

http://blog.artsper.com/voir-plus-loin/decryptage-dun-chef-doeuvre-maman-de-louise-bourgeois/ (Louise Bourgeois)

http://delphinegigouxmartin.fr/installations/le-reve-femme-pech/reve-femme-pech.php (Delphine Gigoux martin)

 


Médusez-moi

Vers la fin de la la fabrication du mobile j’ai commencé à réfléchir à un deuxième projet. Comme pour le mobile j’ai pensée faire flotter/voler les méduses et je me suis dit qu’avec des ballons d’hélium ça pourrait rendre bien. En parlant avec ma prof elle m’a montrée une vidéo d’un artiste ou l’on voit une méduse avec un commentaire scientifique.

Je me suis dit que la vidéo projetée sur l’installation pourrait rendre les méduses plus vivantes. Quand j’ai voulu suspendre une méduse à un des ballons à l’aide d’un fil, je n’ai pas été surprise de voir qu’elle ne volait pas. J’ai dû mettre deux autres ballons pour que la méduse puisse décoller. J’ai fait en tout quatre méduses car c’est tous les bas qui me restaient. Quand j’ai voulu déplacer les méduses dans la salle noire elles se sont emmêlées j’ai demandé de l’aide à quelqu’un pour les démêler et adapté la longueur des fils en fonction de la hauteur de la salle. J’ai ensuite installé le rétro-projecteur avec lequel j’ai voulu projeter la vidéo de l’artiste Aurélien Froment Pulmo Marina. Comme je n’ai pas l’œuvre originale celle que je trouvais sur internet n’était pas assez longue, j’ai utilisé une vidéo ou il y a plusieurs petites séquences de méduses que j’ai trouvé sur youtube. Comme les ballons ne peuvent rester gonflés que cinq heures j’ai filmé mon installation pour garder un trace.

J’ai choisi d’utiliser des ballons d’hélium pour faire voler mes méduses car cela permettait qu’elle puissent se déplacer individuellement les unes des autres ce qui n’était pas possible avec le mobile. J’ai aussi par la suite vu que les ballons ont ce côté enfantin et attirant qui poussent encore une fois le spectateur à se mêler aux méduses qui sont repoussantes dans la vrais vie. J’aime beaucoup le résultat c’est même mieux que ce que j’avais imaginé. Ça me plait de voir finalement pas quatre mais huit méduses grâce aux ombres et aussi leur mouvement créé par la vidéo.

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Vidéo de l’installation

 


La grande Bleue

En cours de peinture nous avons eu comme thème « une peinture à votre envergure », notre support était du carton que nous avons découpé à notre taille. J’ai eu beaucoup de mal à me lancer dans le projet car je n’arrivais pas à trouver comment répondre à la demande. La matière carton me posait aussi des problèmes car j’ai essayé de la découper et de la peindre mais elle gondolait. En parallèle, j’étais en train de travailler sur mon projet n°2 Médusez-moi. Mon professeur de peinture m’a dit que je pourrais faire une peinture en lien avec mon installation. J’ai d’abord rangé mes méduses toujours attachées à leur ballon en les accrochant à un fil dans la salle pour qu’elles ne tombent pas. J’ai pris un grand tableau avec une toile que j’ai retournée et retendue sur le cadre. J’avais comme idée de recréer la mer et ses mouvements comme sur mon installation. J’ai positionné ma toile par terre et j’ai préparé de la peinture bleu diluée pour qu’elle soit plus liquide dans différentes teintes. Je venais ensuite faire couler la peinture sur ma toile et je la faisais glisser en bougeant mon tableau. J’ai fait ça plusieurs fois avec les différentes teintes et quand je suis revenue avec d’autre peinture une des méduses que j’avais accrochée au fil était tombée sur mon tableau.

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C’était parfait et inattendu, je n’aurais jamais pensé à mettre une des méduses dans mon tableau. Quand j’ai eu fini mon tableau je l’ai fait sécher sans la méduse et j’ai essayé de l’intégrer au tableau que je voulais positionner à la verticale. Comme après avoir séché la peinture avait perdu son effet brillant je me demandais comment le retrouver. Comme je ne voulais pas passer de la colle dessus j’ai eu l’idée de mettre une vitre devant voire de créer une boite de verre pour mon tableau, un peu comme si la toile était l’eau d’un aquarium, et j’aurais positionné la méduse devant la vitre pour qu’on ait l’impression qu’elle s’est échappée de l’aquarium. Comme je ne peux pas créer une enveloppe de verre pour mon tableau je l’ai positionnée devant une vitre et j’ai essayé de prendre en photo le rendu.

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Mes trois projets sont très liés et c’est pour ça qu’à l’exposition que nous avons fait ma classe, les Terminales et moi j’ai exposé mon mobile et le tableau ensemble. Le mobile était suspendu et le tableau en dessous avec une des méduses posée sur lui pour reprendre l’idée de la méduse qui était tombée dans la peinture. La vidéo de mon installation était également exposée.

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Un mardi matin

Un mardi matin, en labo danse, nous avons découvert un nouveau sujet « décollez-vous du collant ». Il fallait faire trois propositions avec des collants et des bas et uniquement avec ce matériau. Au début, lors de l’annonce du sujet, je TOMKOWIAK-Elsa-Photo-MArc-Domage2-2ne savais pas trop quoi faire. J’ai d’abord cherché à connaître mieux la matière, à l’évaluer. J’ai mis ma main dans un collant afin de voir son élasticité et sa transparence. Puis j’ai directement pensé à le remplir d’eau pour voir si ça passait à travers. L’eau passait évidemment à travers le collant, je me suis donc dit que je pourrais tester de le remplir de peinture et peindre avec. Mais mon idée ne me convenait pas et j’ai continué à chercher quelque chose d’autre. J’ai vu Gyani tendre les collants, j’ai pensé à Elsa Tomkowiak, une artiste qui tend des bandes de couleurs dans l’espace et qui cherche à l’envahir.

J’ai décidé de tendre des collants et des bas dans un coin de la pièce. C’était au début, un essai, je ne saRésultat de recherche d'images pour "félix gonzalez torres"vais pas ce que ça allait donner. J’aime souvent tester des choses, faire des expériences avec ce qui me vient par la tête et voir si le résultat me satisfait. Je voulais remplir le coin au maximum, le blinder de collants afin d’envahir l’espace et de créer une confusion chez le spectateur, qu’on confonde les collants entre eux, qu’on n’arrive plus vraiment à les discerner les uns des autres. Il y a un artiste que j’aime beaucoup, Félix Gonzalez Torres. Il créé des sculptures dans des coins de pièce avec des bonbons, cela m’a beaucoup fait penser à mon projet puisqu’il utilise les coins et cherche à créer une accumulation. Il invite même le spectateur à prendre des éléments à sa sculpture pour les manger.

                                                                                                                                                               J’ai bien aimé utiliser ce matériau qui est assez inhabituel et qui fait référence à la femme, à son corps, cela fait entrer le spectateur dans une certaine intimIMG_4699.JPGité. J’ai ensuite eu l’idée de chercher à impliquer le spectateur dans mon projet et j’ai placé à coté une inscription « Introduce your hand » afin que le spectateur introduise sa main à l’intérieur, comme s’il brisait cette intimité pour qu’il subisse une sorte de gêne. J’ai décidé de mettre cette inscription en anglais car je trouvais ça plus beau à entendre, c’est plus universel. En français « introduire sa main », cela paraît plus basique comme « insérer votre carte », alors que mettre sa main dans un collant n’est pas un geste basique. J’aimerais pouvoir agrandir mon projet, si j’avais la place et assez de collants, j’aimerais en étendre dans une pièce entière afin de prendre tout l’espace et de faire circuler le spectateur à l’intérieur. Comme s’il entrait dans l’intimité de la femme. Ce rapport spectateur/ œuvre m’intéresse beaucoup.

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Lien du sang

La matière première, du collant, couleur chair, noir, gris, rose. J’en prends un au hasard, je le regarde, mets ma main à l’intérieur, l’étire, le mets en boule. Quelques images se forment dans ma tête, de fleur avec un aspect origamique, des pétales qui tombent. Après quelques essais non concluants, je pose le collant, fais un tour de la salle, je regarde ce qui m’entoure pour trouver de nouvelles idées. J’écoute les discussions par-ci par-là, un nom ressort et  me pousse à reprendre le collant.

Ernesto Neto. Un artiste dont j’ai eu l’occasion de voir une partie des œuvres et qui ernesto-neto-we-stopped-just-here-at-the-time-2002-courtesy-of-the-artist-c2a9pac-2002-my-art-agendam’avait plu. Je commence à remplir les collants à ma disposition (deux) de vieux vêtements de famille que j’avais rapportés. Je rembourre seulement la partie du bassin du collant et laisse les jambes vides pour avoir un effet fin et tendu. J’essaie d’accrocher le premier collant (chair) au plafond mais la hauteur ne me convient pas (top haut). Je prends donc un autre collant (2ème noir) auquel je le noue avec une jambe de celui qui était accroché pour le descendre un peu. Pour mon deuxième collant, je le rembourre un peu plus pour que le poids tire davantage le collant car le tissu est différent. Même avec plus de poids dans le bassin du collant, il ne descend pas assez bas, je récupère deux autre collants (gris et rose) abimés (il y avait une jambe découpée sur chaque). Je noue une jambe du collant noir au moignon du collant rose et l’autre jambe au moignon du collant gris.

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 Une fois les trois collants liés, j’accroche les collants gris et rose au plafond. Je prends du recul et j’observe mon travail. Le résultat me plaît plus ou moins, dans l’idée ça me plaît mais la façon dont c’est montré et les moyens techniques utilisés beaucoup moins. Le nœud qui relie les collants entre eux casse l’idée de la jambe droite, fine et tirée.

Une semaine passa, toujours suspendus, les deux collants rembourrés n’avaient pas bougé. Avoir seulement deux collants ne me suffisait pas, j’en voulais cinq. Je décroche les deux collants (chair et noir) mais en gardant le lien que j’avais créé entre le noir, le gris et le rose. Mme Chauvière me dit que je pourrais rembourrer les bassins des collants gris et rose pour en gagner deux autre. Je réessaye un accrochage mais sans conviction. Je n’ai pas à l’installer que la hauteur (trop bas) ne me convient pas.

Je décide de changer mon mode d’accrochage. De le faire au niveau du corps mais tout en gardant l’idée que les collant doivent être suspendus. Je recherche alors un autre support d’accroche pour mes collants. Mme Chauvière me lance une idée, prendre deux tables et les mettre debout. Je les place face à face avec un peu de biais pour que ça s’ouvre au spectateur. Instinctivement je noue le bout du pied rose à l’une des barres de la table de droite et le pied du collant gris au même endroit mais sur la table de gauche. Les deux bassins aux extrémités sont en suspension mais le collant du milieu, le noir lui touche le sol, cela ne me convient pas. Je récupère un fil noir que je tends un peux en retrait et fais passer seulement le bassin noir par dessus. J’ai donc disposé les trois premiers collants (le gris, le noir et le rose). Il m’en reste deux, le chair, je l’accroche au bout des pieds de la table, et vu que la matière est plus extensible, je place son bassin en avant, presque comme s’il voulait fuir. Le dernier collant, le deuxième noir, je le place au centre un peu plus bas que l’autre noir.

Je prends du recul pour observer mon accrochage. Il me plait beaucoup plus que le précédent. Le support que j’utilise (les tables) et la disposition des collants me conviennent mieux. L’installation des collants est pour moi finie, mais je peux (peut-être à venir) mettre en place soit à l’intérieur des tables soit sur l’extérieur (je préfère l’extérieur) venir projeter une courte animation 3D que j’ai réalisée. Le spectateur aurait alors la possibilité et un intérêt à pouvoir tourner autour de l’installation.IMG_20171116_105410

 

Des rêves plein la tête

           Thème traite de l’utilisation du collant avec l’intitulé « décollez-vous du collant ».

Face à cette proposition, ma première réaction est d’enfiler le collant sur mon bras mettant en évidence la déformation, la souplesse et la transparence du matériau. Si dans un premier temps, je ne vois pas trop d’issue, après manipulation se dessine, la début d’une idée. En effet, les différentes couleurs des collants et leur côté aérien m’évoquent le rêve, je décide donc de me lancer dans une sorte d’allégorie du rêve, jouant sur la transparence, la couleur, et l’élasticité du collant.

La première image qui me vient est un visage dont les rêves sous forme de collants semble s’envoler vers le ciel. Cependant je ne peux pas faire s’envoler les « rêves » sans les suspendre, ce qui à mon avis ferait perdre leur côté fuyant. Je décide donc d’inverser la scène, en retournant la tête, ainsi les « rêves » tombent naturellement.

L’expression « des rêves plein la tête » illustre assez bien l’idée. Comme si le rêveur libérait ses rêves. Pour appuyer l’idée, je décide de mettre une lampe dans la tête qui diffuse sa lumière dans les collants.

IMG_4598 copieAinsi, le projet final est composé d’une tête que je modèle en argile et dont je coupe le dessus du crâne, afin d’en faire sortir les « rêves ». Ils sont lestés au bout, pour qu’ils pendent et semblent fuir. Ensuite j’éclaire l’intérieur de la tête par le dessus que j’ai préalablement troué.

Après avoir cousu les collants à la tête, j’accroche l’installation dans la salle noire, à l’aide d’un projecteur très faible j’installe une pénombre permettant de distinguer le visage. Le point d’ancrage des collants et le sable sont plus intensément éclairés. Les couleurs rose et bleu installent dans la pénombre une très douce atmosphère de rêve soutenue par le visage apaisé de la sculpture. Le résultat de l’installation me satisfait, mais ne pouvant la laisser en place, je suis contraint à la photographier malgré un résultat amoindri.

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